mai_68_une-3616699Y a-t-il un avant et un après 1968 en France ? En termes d’expression insurrectionnelle moderne, la question peut se poser.

Avant, depuis 1792, de 1830 à 1944 en passant par 1848, 1871, 1917-1918 et 1934, peu importe le projet, révolutions et  manifestations populaires se justifiaient par une volonté de changer de modèle politique et social.

Après, de 1985 (touche pas à mon pote) à 2018 (touche pas à mon pouvoir d’achat) en passant par 1995 (touche pas à ma retraite), 2006 (touche pas à mon contrat), voire à #Noustoutes (touche pas à mon corps), révoltes et manifestations expriment toutes un désir d’intégrer ou de rester dans le système.

1968 marque la fin d’une époque, le début d’une autre. Le mois de mai fut un moment d’arrêt, un anti-mouvement, un instant de bascule durant lequel le pays a hésité. Mais, entre une jeunesse tentée par la rupture et des ouvriers décidés à défendre les positions chèrement acquises, la procrastination l’emporta : toute idée de changement fut remise à plus tard. À trop tard ?

Entre l’avant et l’après 1968, la différence est aussi dans les contextes historiques : avant, le temps des nationalismes, des grands conflits mondiaux et des crises radicales ; après, le temps de la mondialisation et de la pacification armée dans une prospérité relative.