Le spectateur affranchi

14 août 2019

ÉTEINDRE RÉGULIÈREMENT SON PORTABLE

esclave-smartphoneLettre à son petit-fils, Umberto Eco

Le portable est un bel outil, à consommer avec une modération qui invite à l’éteindre le plus souvent possible. Petites explications en 10 leçons qui n’ont pas la prétention d’avancer de bons arguments, seulement de justifier l’envoi placé au terme de la tirade.

1/ Éviter le dérangement intempestif dans un lieu inapproprié.

Le correspondant peut attendre, vous n’êtes pas un chien qui répond au coup de sifflet de son maître. Les rues, les transports en commun ou les lieux de convivialité comme les bars et les restaurants sont des espaces publics qui n’ont pas à être sonorisés par des échanges privés. Par ailleurs, comment se permettre d’interrompre une conversation avec quelqu’un au prétexte d’un appel téléphonique alors qu’on n’est pas urgentiste ! Pour faire face au problème, les opérateurs fournissent un répondeur, possibilité offerte de recevoir un message auquel répondre plus tard. Si le correspondant fait de même, il y a toujours moyen, par texto ou le dit répondeur, de lui fixer un rendez-vous téléphonique.

2/ Éviter l’addiction à la notification.

Est-il si urgent de savoir que X vient de publier un message sur Facebook, une image-de-soi-même sur Instagram ou ses 140 signes sur Twitter ? A fortiori toutes les nouvelles du monde, plus désespérantes les unes que les autres, distribuées par la voie des réseaux qui n’ont de sociaux que la qualification autoproclamée. La santé mentale passe avant la connaissance « en direct » d’un monde sous contrôle des Data, lequel ne mérite pas d’être connu plus vite que celui dans lequel vous êtes physiquement plongés.

3/ Garder la richesse créative d’une promenade déconnectée.

La pensée se construit mieux au gré de la marche, si tant est que le cerveau ne soit pas détourné de son attention par une activité annexe : l’écoute en bulle d’une musique, une conversation téléphonique avec un tiers, le visionnage d’une séquence You Tube. Il est dommage de renoncer à la créativité qui vous est naturellement donnée.

4/ Préserver sa capacité d’auto-délibération et garder le réflexe Wikipédia sous contrôle.

Que bénie soit la commodité du recours à la toile pour vérifier une information ou une connaissance. Faut-il ne pas abuser de l’outil au risque de transformer une réunion d’amis en installation de personnes assises côte à côte, chacune le nez sur son écran plutôt que ensembles, les yeux dans les yeux. Wikipédia n’est pas non plus tout le savoir et, avant d’y recourir, pourquoi ignorer le plaisir de la libre discussion, avec toutes les hésitations qui la ponctuent mais obligent à l’effort intellectuel, celui duquel peut émerger une pensée originale, inédite, personnelle ? Protéger sa capacité de retrouver une information auto-mémorisée plutôt que recourir à celle standardisée distribuée par Google relève de l’hygiène la plus durable. Il sera toujours temps d’en appeler aux moteurs de recherche si la mémoire ou celle d’un tiers en chair et en os ne donnent pas satisfaction.

5/ Sortir de l’illusion qu’on peut faire deux choses à la fois.

Toutes les expériences neurologiques le montrent, le cerveau n’est pas multitâche ; il ne sait pas faire deux choses en même temps. Inutile d’insister sur le danger du portable au volant ; que des milliers de conducteurs négligent cette vérité n’en fait pas une fausse nouvelle. En revanche, savoir que de plus en plus de noyades accidentelles d’enfants sont dues au fait que les parents sont distraits de leur surveillance par leur portable, force la réflexion. Au final, mieux vaut regarder ses enfants jouer et entrer avec eux dans l’océan de leur imagination plutôt que surfer sur les vagues sans volume d’un portable.

6/ Garder la distance avec la machine qui vous trace et décide à votre place.

Le portable soumet régulièrement à la tentation de télécharger toutes sortes d’applications quand il ne décide pas de l’installer à vos dépens au prétexte qu’il sait ce qui est bon pour vous. Certes, quand vous décidez quelque-chose, vous vous trompez souvent ; mais mieux vaut se tromper soi-même que l’être par une intelligence artificielle à laquelle il n’y a aucune raison de dédier sa confiance. Bien sûr, prétendre échapper aux mailles arachnéennes de la toile est illusoire. Entre l’ordinateur saturé de cookies mal digérés, la carte Vitale qui connaît toutes vos défaillances organiques et la Bancaire qui décompte vos dépenses une à une, votre liberté est très surveillée. Big Data vous trace, connaît et influence. Avec la disparition programmée de l’argent liquide et la multiplication des objets connectés, vous le serez bientôt « totalement ». Alors, à quoi bon ? La traçabilité assurée par la géo-localisation de votre téléphone n’y changera pas grand-chose. Dès lors, pourquoi se priver d’un outil à l’incidence si marginale ? Eh bien justement : pourquoi en rajouter et informer Big Mother Data de votre fréquentation régulière d’un lieu de culte, de loisir ou d’un magasin spécialisé ? Contribuer à brouiller les pistes sur vos déplacements et compliquer un peu le travail de ceux qui décortiquent vos préférences en long, en large et en travers, est l’un des derniers luxes à portée de main. Profitez-en, avant liquidation totale !

7/ Prendre le temps de penser le bien fondé de la connexion.

Rien de plus agaçant que cette nécessité de relancer la machine, d’entrer le code de déverrouillage et d’attendre le téléchargement des mises à jour. Quelques secondes de perdues, diantre ! Mais c’est aussi le temps nécessaire pour réfléchir à la nécessité d’utiliser l’outil. Une fois sur deux, au moins, il s’avère qu’il n’y a aucune urgence, ni même nécessité.

8/ Éviter l’addiction aux jeux.

Qui n’a pas fait une petite réussite ou un Tétris pour occuper le temps d’un déplacement en métro ou pour souffler un peu entre deux mémos ? Il n’y a rien de méprisable ni de répréhensible en l’occurrence ; sauf quand le recours finit par se faire aux dépens de toute forme de rêverie ou d’une convocation de l’esprit pour des jeux plus créatifs. La facilité avec laquelle le portable offre le moyen de passer le temps sans réfléchir ni rêver est un crime contre l’humanité. Si vous voulez vraiment jouer, le portable peut être allumé à tout instant ; mais le temps de déverrouillage permettra justement d’évaluer la nécessité de vous soumettre au bien ou mal nommé « passe-temps ».

9/ Satisfaire vos petits arriérés écologiques.

Éteindre son portable revient à le consommer moins, à cliquer moins sur des liens cannibales d’électricité d’origine thermique ou nucléaire et nécessite moins souvent de le brancher pour recharger ses batteries. Une goutte d’eau dans le Pacifique, mais des gouttes qui peuvent faire un Colorado. Un pipi de chat dans l’Amazone, mais un Amazon de moins, c’est une satisfaction qui marque un point.

Et la 10e raison ?

Elle n’existe pas. Si dix leçons ont été annoncées, c’était seulement par conformité au modèle de la bonne communication, celle qui impose son carcan numérique, comme si la libre pensée obéissait aux impératifs des chiffres ronds ! S’il y avait une 10e raison pour justifier l’extinction des feux de la rampe inutile, ce serait la suivante : échapper à la dictature du « bien disant » merchandisé, celui qui fait vendre, acheter ou échanger parce qu’il flatte l’œil, l’oreille ou le goût plutôt que l’intelligence. Faute de savoir maîtriser cette dernière, mieux vaut s’écarter du chemin qui garantit la chute dans le piège du stupide, celui qui joue perdant/perdant : perdant pour lui-même pour 9 raisons au moins ; perdant pour les autres parce que toute la cordée du réseau sera précipitée dans son Grand Vide intérieur. Ce danger ne fait toutefois pas un bon n° 10 car il est hors-jeu… du portable lui-même.

Envoi : si votre correspondant ne répond pas à votre texto dans les cinq minutes ou s’il ne décroche pas, laissant le soin à son répondeur d’enregistrer votre message, n’y voyez aucun mal. Il est au volant, cerné par une foule d’usagers d’un transport public, placé dans une salle où les portables doivent être éteints, ailleurs en compagnie d’un ami aux paroles d’or ou sous le charme d’une jolie femme. Alors, de grâce, prenez votre déception en patience, confiez au répondeur ce qui vous importe et il vous contactera quand vous serez vous-même, selon votre seul et bon plaisir, reconnecté.

 

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11 août 2019

LES HOMMES SONT NUS

homme nuParoles des dictateurs en herbe, ceux qui nous préparent le monde de demain déjà bien enraciné dans notre environnement : « La réalité est une illusion. La réalité n’est pas ce qui existe mais ce que notre cerveau enregistre » (propos tenu par le coordonateur du programme Oculus en 2015 ; L’homme Nu de Marc Dugain et Christophe Labbé, p. 37).

Non, la réalité n’est pas ce que notre cerveau enregistre ; elle est bien plus présente, au contraire, dans tout ce qui lui échappe, d’autant plus que le cerveau passe(rait) son temps à inventer des histoires sur la base des signaux que les sens lui envoient (voir Le cerveau est-il bête ? de Nick Chater). Il faut se méfier de ce que nous dicte notre cerveau et privilégier la quête de tout ce qu’il ne nous dit pas. La voie de la réalité et, surtout, de la créativité sont de ce côté : l’imagination au pouvoir. « Partir ou personne ne part », disait le poète.

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08 août 2019

FAUX LIVRES ET DEFORESTATION

livresAh ! Ces livres qui se vendent mais ne se lisent pas ! En 2014, le fabriquant de tablette Kobo a révélé que seuls 7,3 % des clients qui avaient acheté le dernier livre du moment signé par M. Zemmour l’avaient lu jusqu’au bout, qu’un tiers de ceux qui avaient téléchargé la version numérisée du livre de Mme Trierweiler s’étaient arrêtés avant le point final. En d’autres termes, les livres les plus vendus ne sont pas ceux qui se lisent. À se demander si les arbres qui ont été nécessaires pour produire ces objets de pilon réservés aux bibliothèques d’apparat dressées dans les salons du Paris branché méritaient d’être transformés en pâte à papier. Il y a les livres qui se vendent mais ne lisent pas et ceux que les éditeurs ignorent et que personne ne lira jamais. Et nul ne saura lesquels méritaient qu’une vie végétale leur soit sacrifiée. Les arbres ne parlant pas la langue des humains, tout le monde s’en fout.

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07 août 2019

DO'NT BE EVIL

do'nt be evil

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02 août 2019

LIAISON DANGEREUSE : CONSERVATISME ET REVOLUTION CLIMATIQUE

01-arctic-family-campingCuriosité dans le paysage contemporain : le climato sceptique est conservateur. Celui qui nie l’irréversible changement que subit la planète est aussi celui qui défend les programmes les plus réactionnaires et qui s’attache à ses plus anciennes habitudes : « chasse, pêche, nature et tradition » pour le dire à la manière d’une association politique française. La curiosité réside dans le fait que ces conservateurs nient ce qui va détruire tout ce à quoi ils sont attachés ! Ne devraient-ils pas, au contraire, se battre pour une transition énergétique authentique afin de sauver leurs coutumes ? Cette contradiction a sa logique : le déni qu’ils entretiennent est à la mesure de leur peur panique, celle de voir s’effondrer leur petit univers local. Tout le problème est de savoir comment convertir cette angoisse autodestructrice en action capable de contenir le processus engagé par la nature. Pour ce faire, il faudrait qu’ils découvrent la solidarité avec l’autre, celui qui est différent mais entretient le même objectif ; et là, ce n’est pas gagné du tout.

 

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31 juillet 2019

BIGDATATURE MASQUEE

BigDatature

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30 juillet 2019

VANITATEM DISPUTANDUM (vanité du débat démocratique)

publicité4La démocratie directe est un modèle politique qui ne se refuse pas. Ce parti étant pris, les limites du système ne sauraient être ignorées. Elles sont toute entière contenues dans le propre du citoyen, lequel est capable de tout justifier, arguments à l’appui, et de développer, dans le même temps, une irrépressible puissance de déni. Dans un tel cadre, tout plaidoyer, débat ou discussion est vain ; le gouvernement de compromis entre citoyens déclarés responsables en devient donc impossible. Les cyniques – ceux qui gouvernent les citoyens en leur laissant croire qu’ils ont un pouvoir de décision – le savent ; les désespérés – ceux qui se taisent ou versent dans une violence qui se retournent contre eux – le comprennent. Il n’y a que les esprits romantiques, religieux ou camés pour croire encore aux vertus de l’artifice.

« Rien de neuf sous le soleil », rappelle la sagesse populaire. « Il n’y a que les sourds qui ne veulent pas entendre ». CQFD ?

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28 juillet 2019

SUFFISANCE DE LA HAINE

nationalistesLa devise du temps présent sur la planète terre : Liberté sous surveillance, inégalité et chacun  pour soi. C’est le monde de l’égoïsme communautaire érigé en vertu, de la solidarité entre soi seule recevable, de l’identité en tant que similitude comme unique mesure de la liberté. Incarnations de ces vérités dogmatiques assénées avec la suffisance des détenteurs de Vérité : Trump, Poutine, Salvini, Erdogan, Le Pen, Wauquiez et autres Dupont-Aignan par ici, Johnson, Rees Moog ou Farage outre-manche et sans effets, Orban, Bolsenaro, les émirs, mollahs et autres papes de la bienséance fermée, les apologistes du Savoir vivre, qu’il soit suprématiste de l’espèce x, y ou z. Ils sont partout, comme ils l’étaient déjà dans le passé, mais ils ne se cachent plus. Ils sont même fiers de leur fétichisme déclaré, de leur méchanceté, de leur inhumanité. Car l’humain, c’est la diversité telle que le Créateur ou la Nature (à chacun sa suprême entité) l’a établie. Et refuser à l’autre d’être tel qu’il est et de vivre selon ses envies tant que sa liberté n’empêche pas celle d’autrui d’exister, c’est assassiner l’homme. Quelle que soit la religion, les fondamentalistes sont des criminels. La seule consolation, peut-être, est d’imaginer qu’ils brûleront dans les enfers institués par leurs propres divinités… s’il est possible, encore, d’imaginer quoi que ce soit. Car, chez ces gens là, messieurs-dames, on n’imagine pas ; non : on n’imagine pas. On haine.

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23 juillet 2019

ALERTE OLIGARTURE

les-cigognes-vittarvilloises-de-retour-au-pays-1554298980Plagiant une vieille idée que Monsieur Jean-Marie Le Pen déclinait en sont temps sur tous les tons, Monsieur Pompeo a déclaré souhaiter « que les gens restent dans leur pays ». Il n’est pas certain que ce soit une excellente idée ; il faudrait demander à tous les expatriés – à commencer par les plus richissimes – ce qu’ils en pensent. Mais pour atteindre un tel but, peut-être faudrait-il accepter l’idée que les matières premières nécessaires à la vie de ces « gens » puissent également « rester dans leur pays ». Ignorer cette condition aussi juste que vitale pour eux cantonne la déclaration dans la catégorie des vœux pieux.

Ceci étant dit, quand les libéraux refusent la libre circulation des hommes tout en s’efforçant de faciliter celle des capitaux et des produits commerciaux, il y a danger. L’oligarture n’est pas loin.

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22 juillet 2019

CRI DE FOULE SENTIMENTALE

cri de la foule sentimentale

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